Des Journées Internationales aux Semaines de Sensibilisation : Plaidoyer pour la santé mentale quand le monde est attentif
Les journées et semaine nationales et internationales de la sensibilisation à la santé mentale jouent un rôle crucial pour mettre en lumière les problèmes mondiaux et mobiliser un soutien en faveur d'actions concrètes. Annuellement, les organisations de la société civile (OSC), les militant.es individuel·les et les gouvernements, profitent de ces occasions pour mettre en lumière des défis cruciaux et encourager les parties prenantes majeures à opérer des changements dans les politiques et les pratiques.
Ces moments de forte visibilité sont essentiels pour les militant.es nationaux. Ces derniers cherchent à tirer parti de telles occasions pour créer un élan autour d'enjeux politiques, législatifs et/ou pratiques, et pour élaborer des plans et campagnes de plaidoyer afin de sensibiliser le public, de susciter l'engagement et de répondre aux besoins locaux. Les militant.es se concentrent sur des questions spécifiques où l'attention et l'action ont le plus d'impact, ce qui, très souvent, diffère considérablement d'un pays et d'une région à l'autre.
Il existe généralement une série d'occasions importantes de plaidoyer qui se présentent pour aider à étendre la portée des initiatives pendant les moments de sensibilisation. Ce guide de plaidoyer, inspiré et enrichi par les membres du « Global Mental Health Action Network », vise à mettre en lumière ces opportunités et à formuler des recommandations pour aider les miliatant.es de la santé mentale à tirer parti de la dynamique de ces moments. Il propose des stratégies pratiques pour planifier, exécuter et évaluer des campagnes de plaidoyer, et présente les éléments clés à prendre en compte afin de garantir leur conformité avec les meilleures pratiques du secteur de la santé mentale pour un impact maximal.
Ce guide a principalement été créé pour les militant.es locaux, les organisations de la société civile, les défenseurs de la santé mentale au sein des administrations publiques, les organisations multilatérales et internationales non gouvernementales (OING) et d'autres agences mondiales, mais peut être adapté pour être utilisé par toute personne souhaitant faire avancer le programme de la santé mentale.
Points clés à retenir
Commencez à planifier 6 à 12 mois à l'avance, en collaborant de manière significative avec des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale, y compris des jeunes, dès le début du processus
Assurez-vous que vos plans de campagne et vos activités pour les journées de sensibilisation s'inscrivent dans une stratégie de plaidoyer plus large et que vous avez défini « à quoi ressemble votre succès ».
N'oubliez pas que vos efforts de plaidoyer ont plus d'impact lorsque vous établissez des coalitions et des partenariats avec d'autres acteurs clés dans ce domaine.
Envisagez des méthodes novatrices et créatives pour présenter vos données ou générer de nouvelles preuves à l'occasion d'une journée de sensibilisation, afin de captiver l'attention du public, des médias, des décideurs politiques et des autres parties prenantes.
N'oubliez pas d'utiliser les médias traditionnels (presse, télévision et radio), les plateformes numériques et les réseaux sociaux, et de faire appel à des influenceurs-euses pour toucher des publics nouveaux et diversifiés.
Maîtrisez bien votre sujet et faites confiance à votre expertise ; cela fera de vous une acteurrice important·e et fiable pour les responsables politiques.
Planification et évaluation d'impact
Pour maximiser l'efficacité du plaidoyer en santé mentale, une planification stratégique et un ensemble d'objectifs réfléchis, clairs et mesurables sont nécessaires. Un plan bien conçu, qui évolue sur plusieurs mois à l'approche d'une journée mondiale de sensibilisation, a plus de chances de réussir, en particulier pour les journées qui abordent des problématiques multiples et souvent interconnectées. Les campagnes et les initiatives sont plus efficaces lorsqu'elles s'inscrivent dans une stratégie de plaidoyer plus large et qu'elles sont positionnées de manière à accélérer l'action vers un objectif de plaidoyer à plus long terme.
Les éléments clés à considérer sont les suivants :
Commencez tôt - Initiez votre planification 6 à 12 mois avant la journée de sensibilisation : partez de l'objectif final et remontez le temps pour identifier comment vos activités peuvent vous rapprocher de vos objectifs de plaidoyer plus larges. Commencer tôt vous permet d'aligner votre travail et vos campagnes sur ceux d'autres acteurs clés dans le domaine et de construire des partenariats significatifs qui peuvent avoir un impact plus important.
Analyse PESTEL- Tenez compte des facteurs politiques, économiques, sociaux, technologiques, écologiques et légaux (PESTEL) de votre environnement et comment ces dynamiques externes peuvent soutenir ou entraver vos efforts de plaidoyer. Réaliser une analyse PESTEL dès le début du processus de planification vous permet de contextualiser votre travail dans votre environnement local spécifique et de déterminer ce qui est réalisable et ce qui est nécessaire pour qu'un changement significatif se produise. Ce processus vous permettra d'identifier plus clairement les principaux agents de changement et votre public cible. En savoir plus sur l'analyse PESTEL.
Fixez des objectifs SMART - Formulez clairement vos objectifs dès le départ. Fixez des objectifs spécifiques, mesurables, appropriés, réalistes et temporels (SMART) dans le cadre de vos plans de plaidoyer. Cela garantit que les activités sont menées dans un but précis et peuvent être facilement expliquées à la fois en interne à vos collègues et en externe à vos collaborateurs. Les objectifs SMART peuvent aider à garantir que votre travail reste ciblé et pertinent et que vos ambitions sont réalistes. Cela est particulièrement important pour éviter de surestimer vos capacités et d'épuiser vos ressources. Il peut être utile de constituer un petit groupe de travail qui collaborera à la définition de la stratégie, des objectifs SMART et des indicateurs d'évaluation d'impact. Ce groupe continuera à se réunir pendant la période précédant l'événement, puis après, pour évaluer ce qui a fonctionné et ce qui pourrait être ajusté lors de projets futurs similaires. En savoir plus sur les objectifs SMART.
Évaluation d'impact - Évaluez régulièrement l'impact de votre campagne et de vos activités. Surveillez les indicateurs de performance clés définis dans vos objectifs SMART et recueillez des preuves et des exemples d'impact au fur et à mesure, et pas seulement à la fin. Cette démarche vous permettra de prendre des décisions éclairées concernant vos stratégies, vous amenant soit à poursuivre vos plans existants, soit à les ajuster selon les besoins. La collecte et l'évaluation des données sont également précieuses pour les donateurs, les bailleurs de fonds et les partenaires existants et potentiels du secteur, et constituent un bon moyen de démontrer l'efficacité de votre rôle dans la mise en œuvre d'actions. L'évaluation d'impact est une pratique essentielle et réfléchie qui peut vous aider à développer des campagnes et des initiatives durables que vous pouvez améliorer au fil du temps. En savoir plus sur le suivi et l'évaluation de votre plaidoyer.
Contribution vs attribution - N'oubliez pas que de nombreuses autres personnes travaillent sur des objectifs similaires aux vôtres. Tenez compte de votre rôle dans les écosystèmes plus larges de la santé mentale, de la santé physique et de la politique lorsque vous évaluez l'impact et partagez les succès de votre plaidoyer. Si vous avez collaboré avec d'autres personnes lors d'une journée ou d'une semaine de sensibilisation et participé directement ou indirectement à une campagne, vous avez contribué au changement. Si vous êtes convaincu d'avoir été directement responsable d'un changement et d'avoir agi de manière indépendante, alors ce changement peut vous être attribué.
Plaidoyer efficace en période de forte visibilité : Opportunités et Recommandations
Mettre en avant les voix des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale
Les personnes ayant une expérience vécue de troubles en santé mentale ont le pouvoir de catalyser le changement. Lors des moments à forte visibilité, leurs témoignages peuvent jouer un rôle crucial en mettant en lumière les réalités vécues par certain.es des plus vulnérables de notre société, ceux·elles qui sont rarement vu.es et entendu.es. Les groupes de plaidoyer et les associations locales jouent un rôle d'intermédiaire en intégrant ces enjeux dans le débat public et en portant les préoccupations des personnes ayant une expérience vécue, les rendant audibles auprès du grand public et des détenteurs du pouvoir.
Amplifier ces voix lors des journées de sensibilisation peut encourager d'autres personnes à partager leurs propres expériences, créant ainsi des espaces sûrs pour des dialogues ouverts qui peuvent à leur tour déstigmatiser la santé mentale et renforcer l'efficacité de vos efforts de plaidoyer. Il est largement reconnu dans le domaine de la santé mentale qu'un plaidoyer efficace n'est pas possible sans l'inclusion significative des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale, et les responsables politiques réagissent généralement de manière positive aux récits qui humanisent ces questions. Même au-delà du secteur de la santé mentale, les textes internationaux relatifs aux droits de l'homme soulignent l'importance de reconnaître la valeur des personnes atteintes d’handicaps psychosociaux et de troubles mentaux, en particulier pour la promotion du développement socio-économique et durable.
Mettre l'accent sur les témoignages d'expérience vécue - L'implication des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale dans tous les aspects de votre travail de plaidoyer devrait être un élément intégral de vos plans, et non une réflexion après coup. Mettez en place des mécanismes qui permettent a) d'exploiter de manière significative leur expertise et leur participation pour aider à façonner vos messages de plaidoyer collectifs et b) de les inclure dans la mise en œuvre de vos activités pour garantir qu'elles représentent véritablement les voix de l'expérience vécue de la manière la plus efficace pour votre campagne. Veillez à recueillir leurs retours et leurs réflexions tout au long du processus de campagne.
Les récits d'expériences vécues sont un cadeau - Les personnes qui partagent leurs histoires personnelles partagent une partie d'elles-mêmes. Traitez toutes les contributions avec respect, diligence et sensibilité, et proposez toujours l'anonymat afin de protéger leur identité. Lorsque vous partagez des récits d'expériences vécues avec les médias ou le public, respectez les directives éthiques afin de protéger le bien-être des personnes, et proposez un accompagnement tout au long du processus afin de garantir que leur expérience soit positive et valorisante. N'oubliez pas que les personnes ayant une expérience vécue en santé mentale sont des acteurs du changement, et pas seulement des « informateurs ».
Paramètres d'engagement - Il est important de créer des espaces sécurisés où la parole peut être libérée, en veillant à ce que le cadre du projet soit en adéquation avec l'expérience et les compétences de chacun. Fournissez toujours les informations sur le plan de plaidoyer et sur la participation à l'avance, et accordez un délai raisonnable pour que les participant·es puissent effectuer les préparatifs nécessaires à leur implication.
Collaboration continue - Essayez d'évaluer ce que vous pourriez offrir de plus et ce que les participant.es pourraient retirer de votre collaboration lors d’un moment à forte visibilité. Cela pourrait inclure un accès aux responsables politiques, ou la possibilité de prendre part à des ateliers et d'intervenir lors de réunions.
Rémunération et soutien - Tout au long de la campagne, veillez à rémunérer les personnes ayant une expérience vécue et à leur offrir une rémunération juste pour leur temps et leurs contributions expertes. La rémunération doit être égale et équivalente à celle des participant.es qui n'ont pas d’expérience vécue, impliqué.es dans le projet.
Retour d'information en temps utile - Pour garantir le respect des principes d'un engagement efficace et significatif, il est essentiel de fournir aux participant.es un retour d'information rapide. Celui-ci doit préciser comment leurs contributions issues de leur expérience vécue ont été intégrées dans vos campagnes et l'impact que ces contributions ont eu sur le changement de politique ou de pratique.
Dans les cas où aucun changement n'a été possible et où les contributions n'ont pas été retenues, expliquez pourquoi.
Promouvoir le leadership des jeunes
Les jeunes sont des agent.es du changement et des expert.es à part entière. Les données montrant que 75 % des troubles mentaux apparaissent avant l'âge de 24 ans, leur participation active est donc non seulement stratégiquement importante, mais également nécessaire, et devrait être la norme pour toute initiative axée directement sur la santé mentale et le bien-être des jeunes.
Les jeunes concerné.es sont les mieux placé.es pour apporter des réponses pratiques aux problèmes qu'eux·elles-mêmes et leurs pairs rencontrent. Ils·elles peuvent apporter un éclairage unique sur la vie de ce groupe de population clé, qui peut être utilisé pour toucher un public plus large jouant un rôle important dans l'élaboration des politiques. En outre, des recherches indiquent qu'il existe un lien étroit entre le bien-être des jeunes et leur participation significative aux processus décisionnels qui affectent leur vie. Il est important de reconnaître le rôle des jeunes dans l'influence des politiques et les bénéfices plus larges qu'un engagement jeunesse apporte à l'élaboration de plans de plaidoyer efficaces. Leur implication permet d'élargir la communauté de jeunes militant.es passionné.es et hautement engagé.es. Ces jeunes pourront continuer à défendre la cause de la santé mentale en grandissant.
Leadership des jeunes - Offrez aux jeunes des opportunités de participation directe, notamment en leur permettant de contribuer de manière significative à la conception et à la mise en œuvre de vos campagnes. Montrez l'exemple et pensez à intégrer des jeunes aux fonctions décisionnelles au sein de vos campagnes de plaidoyer, afin de vous assurer que celles-ci soient toujours représentatives et inclusives. Les jeunes sont des expert.es et doivent être reconnu.es comme tels lors de la planification de grandes campagnes à forte visibilité.
Des espaces pour de nouvelles voix - Dans la mesure du possible, efforcez-vous d'accueillir activement de nouveaux·elles jeunes au sein de vos espaces et forums. Les jeunes militant.es d’aujourd’hui sont aussi les décideurs et les porte-paroles de demain. Autonomiser et renforcer leurs compétences, c'est contribuer à bâtir une nouvelle communauté de militant.es de la santé mentale.
Adapter les campagnes aux jeunes publics - Les jeunes générations sont un levier de changement incontournable ; leur ancrage numérique en fait une cible prioritaire pour les campagnes de sensibilisation, surtout pendant les moments à haute visibilité. Collaborez étroitement avec elles afin de comprendre les facteurs culturels et contextuels qui influencent l'engagement et les réactions des différents groupes d'âge face à vos campagnes. Évaluez comment les jeunes réagissent à des termes comme « la santé mentale » et « une expérience vécue » pour garantir que votre message soit pertinent et accessible. Étant donné que les jeunes générations maîtrisent généralement mieux les tendances en ligne et les outils de marketing, leurs idées et leurs propositions stratégiques peuvent jouer un rôle significatif pour accroître la pertinence, l'engagement et la visibilité de votre campagne en ligne.
Rémunération et soutien - Comme pour les personnes ayant une expérience vécue, veillez à rémunérer les jeunes participant.es et à leur offrir une compensation équitable pour leur temps et leurs contributions expertes. Cette rémunération doit tenir compte de leur implication, qui s'étend du processus de planification initial jusqu'à la mise en œuvre de la stratégie de plaidoyer, et être égale à celle de tous les autres collaborateurs·rices engagé.es dans le projet.
Données pour le plaidoyer
Les données devraient être l'un des outils les plus efficaces pour façonner et soutenir votre plaidoyer. Il existe de nombreuses façons d'utiliser les données pour vos campagnes et activités lors des journées de sensibilisation. L'utilisation de données mondiales existantes sur la santé mentale peut contribuer à enrichir votre travail avec une allocation de ressources minimale. Ces données peuvent être présentées comme des preuves qui mettent en évidence les effets et les impacts de politiques spécifiques, présentent des prévisions et des tendances, et, surtout, illustrent la nécessité d'un changement. Pour influencer efficacement les responsables politiques, façonner l'opinion publique et capter l'attention des médias, ces données et preuves doivent être ciblées pour répondre aux besoins des communautés touchées et avoir un objectif clair et précis.
Il est également important de réfléchir à la manière dont ces informations sont présentées et diffusées afin de garantir le succès de vos efforts de plaidoyer. Par exemple, vous devriez également, dans la mesure du possible, réfléchir à la manière de présenter vos données et vos messages pour qu'ils tiennent compte des préoccupations et des objectifs des décideurs et des responsables politiques. Alors que de nombreux acteurs cherchent à accroître la visibilité de la santé mentale lors des journées de sensibilisation, des opportunités de collaboration avec des universitaires et des militant.es locaux peuvent émerger pour produire de nouvelles données susceptibles de soutenir votre plaidoyer.
Conseils pour utiliser les données à des fins de plaidoyer :
Connaissez votre public - Il est important de prendre en compte les personnes ou les instances dirigeantes que vous souhaitez influencer lorsque vous planifiez votre plaidoyer. Soyez clair sur les changements que vous souhaitez voir afin de collecter et de partager les preuves les plus pertinentes.
Des données dignes d'intérêt - Pour vous démarquer lors de moments à haute visibilité, assurez-vous que vos recherches apportent quelque chose de nouveau ou offrent une perspective nouvelle sur les données existantes. Mettre en avant des preuves qui explorent des liens peu étudiés permettra non seulement d'attirer l'attention, mais aussi de laisser une impression durable. Les médias recherchent souvent des angles uniques lorsqu'ils traitent des événements de sensibilisation. Saisissez donc cette opportunité pour partager des informations qui n'ont pas été largement diffusées ou qui sont habituellement absentes des débats publics et politiques. En présentant un point de vue différent, vous pouvez vous démarquer du bruit ambiant et marquer durablement les esprits d'un large public.
Générer vos propres données - Les sondages et les enquêtes sont des moyens efficaces de recueillir des échantillons représentatifs et de saisir l'opinion publique sur un thème spécifique, ou sur l'intersection de différents enjeux. Une enquête bien conçue peut fournir les preuves nécessaires pour faire évoluer les politiques. Pour garantir la crédibilité de vos résultats et leur intérêt médiatique, il est généralement recommandé de disposer d'un échantillon représentatif d'au moins 1 000 participants pour votre sondage, même si ce nombre peut varier en fonction de la taille de votre pays. En savoir plus sur les sondages d'opinion.
Partenariats avec le monde universitaire - Travailler en collaboration avec des universités et des instituts de recherche peut renforcer la légitimité de vos données, surtout si ces collaborations sont mises en place bien avant votre action de plaidoyer ciblée, votre journée ou semaine de sensibilisation. Les partenariats de recherche permettent souvent d'obtenir des analyses plus rigoureuses et offrent des canaux de diffusion supplémentaires. Les partenariats avec des universitaires peuvent être essentiels aussi bien dans les pays à revenu élevé (PRE) que dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). Ces experts peuvent être les figures d'autorité prédominantes en matière de santé mentale dans leur région, et disposer de connexions établies avec les décideurs politiques, le gouvernement et la société civile, ce qui peut accélérer vos efforts de plaidoyer.
Présentation des données - Il est peu probable que des chiffres bruts et des ensembles de données incitent à l'action. En effet, les journalistes et autres publics auront besoin que les données soient analysées et qu'elles soient présentées de manière crédible et facilement compréhensible. Lorsque vous présentez des données, pensez à l'histoire humaine qu'elles représentent. Les preuves les plus efficaces pour construire un argumentaire convaincant nécessitent souvent des données à la fois qualitatives et quantitatives. Cette approche combine des expériences humaines et des récits de vécu avec des statistiques et des chiffres, afin de dresser un tableau complet qui soit à la fois persuasif et auquel le public peut s'identifier. Lors des moments à forte visibilité, présentez ces données en utilisant un langage clair et facile à comprendre. Les infographies peuvent aider à rendre certaines informations complexes plus accessibles et captivantes pour un public non-expert. Ceci, allié à une articulation concise des implications pratiques des données, rendra ces informations beaucoup plus difficiles à ignorer.
ÉTUDE DE CAS : En 2021, la « Mental Health Foundation» du Royaume-Uni a collaboré avec Miles Richardson, professeur en facteurs humains et connexion à la nature à l'université de Derby, afin de produire un rapport, une note d'orientation politique et d'autres ressources sur la relation entre la nature et la santé mentale pour la Semaine de Sensibilisation à la Santé Mentale (SISM). Le rapport SISM 2021 de la « Mental Health Foundation» a mis en évidence l'impact positif du lien avec la nature sur la santé mentale des personnes. Il a ensuite servi de base à des recommandations politiques fondées sur des données probantes, détaillant des actions concrètes pour que les gouvernements locaux et nationaux du Royaume-Uni puissent répondre aux problèmes d'accès inégal à la nature.
Afin de lancer et de diffuser ces ressources, une réception parlementaire virtuelle a été organisée. Des chercheurs·euses, le ministre du gouvernement, d'autres responsables politiques, des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale et le PDG de la « Mental Health Foundation » y ont pris la parole pour présenter les preuves et les résultats d'une nouvelle enquête commandée spécialement pour la semaine. Cette initiative a été soutenue par d'importantes activités médiatiques traditionnelles et sociales, qui ont rassemblé de manière engageante la recherche, les témoignages personnels et des conseils pour se connecter à la nature en utilisant le hashtag #ConnectWithNature.
Le professeur Richardson déclare : « Notre partenariat avec la Fondation a été bénéfique pour toutes les parties impliquées : nous avons touché plusieurs milliers de personnes supplémentaires avec des messages clés sur la manière d'améliorer leur santé mentale grâce à des gestes simples et significatifs en lien avec la nature. La Fondation a, quant à elle, bénéficié de notre expertise et de nos analyses en matière de recherche, sachant qu'elle créait ainsi une semaine de sensibilisation faisant autorité et éclairée par des recherches actualisées. »
Utilisation les médias traditionnels et les plateformes numériques
Un élément essentiel de tout plan de plaidoyer devrait toujours être la communication efficace de vos messages aux médias. Les campagnes de sensibilisation efficaces menées lors de moments à haute visibilité tirent parti à la fois des médias traditionnels et numériques pour toucher un public plus large. Utiliser les médias de manière stratégique permet d'influencer les citoyens et les gouvernements. En tirant parti des moments où le monde a les yeux braqués sur l'actualité, vous disposez d'une véritable opportunité pour faire passer votre message. Cependant, aucune approche unique ne convient à toutes les situations. Vous devrez choisir les canaux et les médias les mieux adaptés pour atteindre votre public cible.
Cela peut aller des médias traditionnels, tels que la télévision, la radio, les journaux et les magazines, aux canaux numériques et aux réseaux sociaux. Héberger et promouvoir des campagnes sur les réseaux sociaux peut être extrêmement efficace. Grâce à des plateformes telles que X (anciennement Twitter), LinkedIn, TikTok, Instagram et Facebook, il est possible de toucher un large public au-delà de vos propres réseaux en peu de temps, ce qui en fait des vecteurs particulièrement précieux pour diffuser des informations et sensibiliser le public. Si vous utilisez plusieurs canaux pour votre plaidoyer, veillez à ce que vos messages et vos appels à l'action soient cohérents, afin d'accroître leur influence et leur mémorabilité.
Stratégies médiatiques pour maximiser l'impact
Contexte national - Chaque pays a ses propres règles en matière de relations avec les médias. Dans certains pays, vous devez payer pour bénéficier d'une couverture médiatique ; dans d'autres, vous devez cultiver des relations avec les personnes intéressées par les reportages sur la santé mentale (bien qu'il soit également possible de financer du contenu éditorial, par exemple dans un supplément spécial, qui sera alors clairement identifié comme tel). Gardez à l'esprit que dans certaines régions du monde, le « plaidoyer » peut être considéré comme une menace politique, et que les gouvernements peuvent être très sensibles aux critiques directes ou implicites. Lorsque cela s'applique, il peut être avantageux de parler des aspects positifs de l'approche d'un gouvernement en matière de santé mentale, tout en introduisant avec tact les changements que vous aimeriez voir apporter.
Identifier les médias et les journalistes - Les différents médias ont des publics différents. Réfléchissez aux personnes que vous souhaitez influencer et aux médias qu'elles sont susceptibles de consommer. Une fois que vous avez identifié les médias, recherchez les journalistes qui sont sensibles à votre cause et contactez-les directement. Vous pouvez commencer à établir des relations bien avant votre date cible. Si vous ne connaissez pas leur adresse e-mail, vous pouvez généralement la déduire en trouvant au moins une autre adresse dans l'organisme. Celle que vous cherchez suit probablement la même structure, par exemple: prenom.nom@bbc.co.uk.
Proposez quelque chose d'intéressant - Une fois que vous avez ciblé le.la ou les journalistes que vous souhaitez contacter, ces dernier·ères s'attendront à ce que vous leur proposiez un angle intéressant et novateur. Cela peut prendre la forme de nouvelles données sur la santé mentale, d'un rapport inédit accompagné d'un porte-parole (local ou national) prêt à s'exprimer sur le sujet, d'études de cas de personnes ayant une expérience vécue en santé mentale qu'ils·elles pourraient filmer ou interviewer, ou encore d'un nouveau sondage révélant l'opinion du public sur une thématique donnée.
Partagez le problème « et » la solution et ses avantages - Lorsque vous présentez votre projet ou discutez avec les médias, il est important de parler à la fois du problème et de la solution. C'est lorsque vous identifiez la solution - et ses avantages - que vous donnez aux décideurs le choix de mettre en œuvre ou non le changement. Essayez de rendre ce choix aussi attrayant et clair que possible. Par exemple, votre solution proposée pourrait permettre au pays d'économiser une somme de X, ou elle pourrait entraîner une augmentation de 20 % de la productivité.
Accordez aux journalistes un délai suffisant - Le temps nécessaire à un·e journaliste pour rédiger un article dépend du type de contenu qu'il·elle produit. Parfois, les journalistes n'auront besoin que de quelques jours de préavis pour couvrir un sujet d'actualité. Cependant, ils·elles commenceront à se concentrer sur un moment de forte visibilité bien avant celui-ci. De nombreux autres intervenant.es les solliciteront également pour couvrir l'événement sous un angle particulier, il est donc essentiel de les contacter plusieurs semaines à l'avance pour leur présenter vos projets, puis de leur fournir le matériel nécessaire (communiqué de presse, témoignages personnels, ressources numériques, etc.) au moins une semaine avant la date prévue. Pour le journalisme en ligne, le délai de préparation peut être plus court. Cependant, si vous souhaitez proposer un contenu long format, tel qu'un reportage (notamment dans un magazine) ou un documentaire, il se peut que vous deviez prévoir un préavis de plusieurs mois. Ce délai est nécessaire pour mener les recherches, identifier d'autres interlocuteurs·rices et s'adapter au calendrier plus étendu des journalistes et de leurs rédacteurs·rices en chef pour la production de leur publication.
Langage relatif à la santé mentale - Le langage que nous utilisons pour parler de santé mentale est un outil essentiel pour réduire la stigmatisation. De nombreux journalistes utilisent un langage imprudent ou blessant lorsqu'ils·elles traitent de questions de santé mentale, ce qui peut avoir des effets durables et néfastes sur les personnes ayant une expérience vécue en santé mentale et leurs familles. Que vous informiez un·e journaliste ou que vous rédigiez vous-même un article, nous vous conseillons de lire les recommandations de l'OMS sur la prévention du suicide à l'intention des professionnels des médias.
Mener des campagnes efficaces sur les réseaux sociaux
Les trois R - Les « Trois R » du plaidoyer en ligne - Résonant, Réel et Réactif - font en sorte que le contenu parle au public et accroche réellement son attention. Durant les moments de forte visibilité, alignez vos campagnes sur les hashtags dédiés à la journée de sensibilisation. Cela vous permettra de capter l'attention des autres militant·es qui suivent le mouvement en ligne. Vous pouvez également renforcer votre présence et votre engagement en ligne en suivant de près les tendances sur chaque plateforme sociale. Surveillez la réception et les réactions du public à votre contenu, et soyez prêt à adapter vos stratégies ou à en adopter de nouvelles si nécessaire. Pour consolider votre lien avec l'audience, veillez à optimiser votre contenu pour les différentes plateformes et appareils, tout en restant fidèle à votre message fondamental.
Campagnes numériques payantes - Si vous disposez de ressources pour le marketing en ligne, la publicité numérique payante peut être un moyen efficace de maximiser la portée et l'impact de vos activités de plaidoyer. Des plateformes comme Google Ads, YouTube, Facebook et Instagram permettent de diffuser des campagnes ciblant des communautés spécifiques, en se basant sur leurs données démographiques, leurs centres d'intérêt et leurs comportements en ligne. Les campagnes payantes offrent une grande flexibilité et peuvent être ajustées en fonction de vos besoins spécifiques. Ainsi, même avec un budget limité, vous pouvez vous assurer de toucher le public le plus pertinent pour un impact maximal. Si vous avez le statut d'organisme à but non lucratif, des organisations telles que Google peuvent vous donner accès à un nombre limité de publicités gratuites pour des campagnes axées sur une cause, mais cela n'est pas forcément accessible à toutes les associations caritatives et OSC.
Suivi de l'impact - Un taux d'engagement élevé ne se traduit pas nécessairement par un changement de comportement positif. Pour mesurer l'impact réel, il est essentiel de suivre les tendances avant et après votre campagne, notamment l'évolution de l'utilisation des hashtags, slogans et messages clés spécifiques. Cette analyse dans le temps permettra de mieux comprendre les effets durables de l'initiative sur votre (vos) public(s) cible(s).
Impact durable - La création d'une communauté numérique engagée constitue un pilier essentiel du succès de toute stratégie de plaidoyer digital. Publier régulièrement, avec une image de marque claire et reconnaissable et un contenu interactif qui invite à l'engagement, renforcera l'impact de vos campagnes. En créant des espaces dédiés tels que des groupes ou des forums sur les réseaux sociaux, vous pouvez continuer à tirer parti de la dynamique créée autour des journées de sensibilisation et maintenir le dialogue.
ÉTUDE DE CAS : De 2023 à 2024, «Teenergizer », en partenariat avec l'UNICEF, a lancé une campagne d'information percutante sur les réseaux sociaux pour promouvoir la pair-aidance psychologique en ligne pour les adolescents et les jeunes en Ukraine.
L'emploi de Google Analytics, couplé à une optimisation pour les moteurs de recherche (SEO) axée sur des termes précis comme « aide psychologique aux adolescents » (психологічна допомога підліткам) et « aide psychologique gratuite pour adolescents » (безкоштовна психологічна допомога підліткам), a permis de diffuser ces ressources via des annonces ciblées sur YouTube et de les faire apparaître en première position des résultats de recherche Google. Teenergizer a réussi à toucher plus de 2 600 000 adolescent·es et jeunes grâce à cette campagne en ligne.
Sensibilisation du public
La sensibilisation du public est souvent le fondement d'une campagne de plaidoyer. Lors des journées de sensibilisation saturées, il est utile d'envisager des moyens de se démarquer, par exemple en proposant une nouvelle perspective et en partageant des appels à l'action concrets, pertinents et accessibles pour votre public. La collaboration avec d'autres parties prenantes dans le domaine peut vous aider à maximiser votre portée et à souligner l'importance de votre cause.
Il est important de ne pas s'attendre à ce que la sensibilisation entraîne un changement immédiat, car cela est rarement le cas. Elle joue plutôt un rôle important en préparant le terrain et en « mettant en scène » les réformes futures. Outre informer le public, votre campagne devrait également chercher à inspirer l'action et à accroître le nombre de militant·es locaux de la santé mentale, afin de garantir l'existence d'une forte volonté politique parmi la population pour soutenir votre cause.
Conseils pour sensibiliser le public :
Approche multipartite - Envisagez de collaborer avec des OSC, des prestataires de services, des professionnels de santé, des ONG, des universitaires et des responsables gouvernementaux pour atteindre une démographie plus large lors de vos campagnes et démontrer un soutien généralisé aux changements de politiques et de pratiques. Des efforts de plaidoyer, des messages et des mouvements coordonnés au sein d'une coalition de parties prenantes peuvent accroître la volonté politique et capitaliser efficacement sur l'élan croissant au niveau local et national.
Cette approche peut être particulièrement efficace dans les contextes où les ressources sont limitées.
Positionner la santé mentale comme une question transversale - En présentant la santé mentale comme une question transversale, vous élargissez la conversation et la liez à des enjeux mondiaux, (notamment ceux qui sont prioritaires pour les décideurs de votre région), comme la pauvreté, l'éducation ou les droits humains. Cette approche permet non seulement d’élargir la base de soutien, mais aussi de montrer comment la prise en charge des enjeux de santé mentale a des retombées positives sur de nombreux aspects de la vie. Lors des journées de sensibilisation, cela peut contribuer à mettre en évidence la nécessité de mettre en place des politiques qui relient différents secteurs, rendant ainsi le soutien en matière de santé mentale plus pertinent pour tous.
Événements en ligne et en présentiel – Les moments à haute visibilité offrent d'excellentes occasions pour organiser ou pour participer à des événements publics afin de diffuser votre message et de sensibiliser les autres à l'importance d'une bonne santé mentale. Les événements en ligne, tels que les webinaires ou les campagnes sur les réseaux sociaux, permettent de mobiliser des participants locaux, nationaux et internationaux, de diffuser rapidement l'information et de favoriser des discussions qui améliorent la compréhension et brisent les préjugés. Les activités et événements en présentiel, tels que les ateliers communautaires ou les interventions en milieu scolaire (surtout lorsque vous pouvez y inviter des élus ou des fonctionnaires), contribuent à tisser des liens personnels plus profonds au niveau local et soutiennent le développement d'actions de terrain pour inspirer le changement au sein de la communauté. Les événements ne nécessitent pas nécessairement des ressources financières importantes ; grâce à des partenariats avec des organismes locaux et à une certaine promotion numérique de l'événement, il est possible de toucher un large public avec un budget relativement modeste.
Rôle des célébrités - Les campagnes de tous types peuvent tirer profit de la collaboration avec des influenceurs·euses ou des célébrités. Les personnalités publiques, notamment les athlètes, les acteurs·rices et les stars des réseaux sociaux, peuvent amplifier les messages de sensibilisation en les associant à leurs propres histoires personnelles. Leur participation à des campagnes et leur soutien public à des initiatives ou des politiques en matière de santé mentale peuvent contribuer à susciter des conversations constructives sur ces questions dans le domaine public. Pour une campagne authentique et profondément percutante, associez-vous à des personnalités dont l'engagement personnel sur la santé mentale est réel et dont le discours public est aligné avec vos messages et priorités. Les collaborations avec des célébrités sont également susceptibles d'attirer l'attention des médias, ce qui peut à son tour exercer une pression supplémentaire sur les responsables politiques pour qu'ils mettent en œuvre des changements significatifs. Ces relations prennent du temps à établir et à entretenir, mais cet investissement en vaut la peine si vous trouvez la célébrité idéale avec laquelle travailler.
ÉTUDE DE CAS : En 2021, «Taskeen Health Initiative » a lancé la campagne de sensibilisation #MujrimNahiMareez (« Pas un criminel, mais un patient ») afin de remettre en cause l'article 325 du Code pénal pakistanais, qui criminalise les tentatives de suicide. La campagne a efficacement sensibilisé le public aux facteurs de santé mentale liés au suicide en utilisant une combinaison de : vidéos animées, messages d'intérêt public signés par des célébrités, et partenariats médiatiques, incluant des réseaux sociaux (Facebook, Instagram, YouTube) et des médias traditionnels (chaînes d'info, débats politiques, émissions matinales). Pour tirer parti de l'élan généré par la Journée mondiale de prévention du suicide et obtenir un soutien public supplémentaire, «Taskeen Health Initiative » a intensifié son engagement médiatique. Dans le cadre de la campagne en cours appelée #MujrimNahiMareex, ils ont impliqué des influenceurs, des journalistes et des responsables gouvernementaux pour élargir le débat, ce qui a finalement conduit à l'adoption de la loi sur la décriminalisation du suicide au Pakistan.
Atteindre les responsables politiques
Pour de nombreux militant·es de la santé mentale, l'un des objectifs ultimes du plaidoyer mené lors des journées internationales et nationales de sensibilisation est d'influencer les politiques publiques. Les responsables politiques sont plus enclins à s'engager dans des campagnes de santé mentale qui correspondent à leurs objectifs et qui s'appuient sur des données solides, le soutien du public et l'attention des médias. Il est également important de se rappeler que les politicien·iennes, les haut·es fonctionnaires et les membres d'organismes professionnels font partie du « grand public ». Ils sont également touchés dans leur vie personnelle par les questions soulevées et défendues, ainsi que par les récits humains qui les illustrent. Lorsque vous élaborez vos principales demandes à l'intention des responsables politiques, veillez à ce qu'elles soient claires et compréhensibles, et réfléchissez à ce qui peut être raisonnablement réalisé dans votre contexte politique spécifique.
L’identification d’un contact favorable au sein du gouvernement peut marquer un tournant important pour les militant·es, et cela peut être plus facile autour ou à l'approche des journées de sensibilisation. À l'occasion des journées de sensibilisation, certains fonctionnaires et élus se montrent souvent plus réceptif·ves et ouverts au dialogue. Ils·elles sont ainsi plus susceptibles d'apporter publiquement leur soutien aux campagnes et actions de plaidoyer à mesure que celles-ci gagnent en ampleur. Ces dernières années, les politicien·ennes de plusieurs pays ont choisi ces journées pour faire des annonces importantes sur les réformes pertinentes et leurs engagements en matière de santé mentale.
Conseils pour atteindre les responsables politiques :
Choisissez votre approche - Lorsqu'on interagit avec les responsables politiques, deux approches sont généralement possibles : une approche collaborative (en tant que « partenaire d’aide ») ou une approche contestataire (« dire la vérité au pouvoir »). Avec l'approche collaborative, vous pouvez travailler en tant qu'allié·e, établir des relations avec les décideur·euses politiques et les fonctionnaires concerné·es et les accompagner dans la recherche collaborative de solutions adaptées. L'approche contestataire peut impliquer une confrontation plus directe et publique avec les institutions. Il peut s'agir de publier des déclarations critiquant les autorités pour leur gestion de la santé mentale dans votre communauté, ou d'exercer une pression publique sur les décideur·euses pour qu'ils mettent en œuvre des réformes significatives dans les meilleurs délais. Les deux approches ont leur mérite et peuvent s'avérer efficaces selon le contexte (le militantisme public ouvrant souvent la voie à un dialogue plus constructif par la suite). Il est pertinent d'anticiper cette réflexion dès la conception de votre stratégie de plaidoyer, en définissant clairement le ton que vous souhaiterez adopter dans vos communications.
Changer d'approche - Il est également important de garder à l'esprit que vous pourriez commencer par chercher à établir des relations et à travailler davantage avec « une approche collaborative » (ce qui peut inclure le soutien aux déclarations publiques officielles et le travail avec les médias), puis devoir passer à une approche publique plus contestataire si le gouvernement, le·la ministre ou le·la fonctionnaire concerné·e change et que le·la nouveau·elle n'est pas aussi ouvert·e à vous écouter ou à travailler sur ces questions. Il est également crucial pour les OSC de trouver un équilibre judicieux entre ces deux approches, afin de préserver leur intégrité et leur crédibilité. Cette démarche implique généralement des discussions franches sur la nature et l'étendue du soutien que vous pouvez apporter au gouvernement. Votre influence en interne proviendra en partie du fait que les décideur·eurses savent que vous serez prêt·e à exprimer publiquement votre désaccord si cela s'avère nécessaire. Ils·elles ne s'attendent probablement à rien de moins.
Comprenez leurs priorités - Avant d'approcher un.e responsable politique, essayez de comprendre ses objectifs et adaptez votre message à ce qui lui tient à cœur. Il est utile de replacer vos arguments dans le contexte politique local et de présenter la santé mentale comme une question transversale qui recoupe d'autres préoccupations politiques. Les responsables politiques sont généralement soucieux·ieuses de comprendre les enjeux qui importent aux électeur·es et qui affectent le bien-être de leur communauté. Les témoignages personnels de personnes issues de leurs régions respectives sont susceptibles d'avoir un impact sur les dirigeants locaux, tout comme les données sur l'impact des politiques nouvelles ou existantes dans des domaines tels que l'économie, l'éducation, la santé, la protection sociale, le logement, etc.
Soyez les expert·es - Il est important de garder à l'esprit que les responsables politiques n'ont pas toujours une connaissance approfondie des questions courantes liées à la santé mentale. Lorsque vous interagissez avec des représentant·es du gouvernement, vous pouvez vous rendre compte que vous êtes l'expert·e en la matière. Soyez à l'affût des opportunités pour partager votre expertise et formuler des recommandations. Veillez également à mettre en lumière les enjeux à l'intersection de la santé mentale qui sont souvent négligés, comme l'impact des autres politiques publiques sur la santé mentale générale ou sur les personnes vivant avec des troubles en santé mentale. Se positionner en tant qu'allié·e fiable et représenter une coalition multi-acteurs peut s'avérer mutuellement bénéfique, particulièrement durant les journées de sensibilisation où les décideurs politiques sont souvent sous pression pour prendre position sur l'état de la santé mentale dans leurs régions. C'est le moment idéal pour présenter des demandes politiques claires et spécifiques sous la forme de messages concis incluant des données solides et des témoignages de personnes ayant une expérience vécue en santé mentale, y compris les jeunes militant·es.
Collaborer avec les prestataires de services - Parfois, la meilleure façon d'influencer les décideurs politiques est de collaborer directement avec les personnes chargées de mettre en œuvre les politiques et de fournir les services aux personnes dans le besoin. Ce processus vous permettra d'acquérir une compréhension unique de la manière dont les responsables de la mise en œuvre interprètent les politiques et de mieux comprendre l'impact de ces politiques sur différentes populations. Les prestataires de services peuvent non seulement consolider vos données, mais ils jouent également un rôle crucial en tant que militant.es individuel·les. Ils·elles aident à mobiliser un groupe essentiel au sein des écosystèmes de la santé physique, du social et de la santé mentale, un groupe directement impacté par les évolutions des politiques et des systèmes en santé mentale.
Rôle des ministères de la Santé - La collaboration avec les ministères de la Santé, en particulier leurs divisions ou programmes de santé mentale, peut être cruciale pour mener à bien les efforts de plaidoyer lors des journées de sensibilisation. Il est utile de se familiariser avec les principaux·alles employé·es des ministères et de la fonction publique afin de savoir à qui s'adresser. Ancrez vos campagnes dans les priorités et politiques de santé nationales et locales, et voyez si des ministres peuvent participer à vos événements locaux. Leur recours à des plateformes officielles pour relayer vos messages accroît la crédibilité de votre plaidoyer et élargit votre audience. Dans la mesure du possible, essayez de promouvoir une approche intergouvernementale lors des journées de sensibilisation et encouragez la collaboration entre les différents organismes gouvernementaux. Un dialogue coordonné et intersectoriel est plus susceptible d'entraîner des changements significatifs et durables.
ÉTUDE DE CAS : Par le biais de son Unité de santé mentale, le Secteur de la Santé de Nairobi adopte une approche ascendante qui rassemble des partenaires aux capacités, à la portée et aux spécialisations diverses, afin de maximiser l'impact durant les périodes de forte visibilité. À l'occasion de la Journée Mondiale de Prévention du Suicide 2024, 28 partenaires ont été mobilisé·es pour organiser des activités communautaires, telles que des marches, afin de sensibiliser le public et d'encourager un dialogue ouvert sur la santé mentale. Ils·elles ont mené une campagne médiatique comprenant des discussions avec des expert·es en santé mentale, des soignant·es et des personnes ayant une expérience vécue en santé mentale. Plus d'un million de personnes ont été touchées par les médias traditionnels et plus de 400 000 personnes sur les réseaux sociaux grâce à des affiches de campagne, des vidéos et des hashtags personnalisés « WalkAgainstSuicide » et « NairobiAgainstSuicide ». Plus de 900 personnes issues des organismes partenaires ont participé à la marche de prévention du suicide, ainsi qu'à des ateliers d'art-thérapie, à une table ronde sur la création d'espoir et à une veillée aux chandelles en hommage aux victimes du suicide.
Lors de cet événement, le professeur Lukoye Atwoli, doyen de la faculté de médecine de l'université Aga Khan, a souligné l'importance de sensibiliser les gens à la question de la santé mentale et du suicide afin d'abroger les codes pénaux qui criminalisent les tentatives de suicide : « ... si nous appelons à une action sur les réseaux sociaux, nous savons que les gens sont conscients de ce que nous envisageons, ce qui facilite l'appel à l'action des dirigeants. »
Ce guide a été élaboré par Divya Sharma, avec le soutien d'Antonis Kousoulis, de Lucy Thorpe et des membres du « Global Mental Health Action Network » du monde entier. Les contributions des membres du « Global Mental Health Action Network » ont été essentielles pour façonner le contenu de ce guide.
Journées et semaines internationales importantes
Journée internationale du bonheur - 20 mars - Monde entier
Journée mondiale de la bipolarité - 30 mars - Monde entier
Journée mondiale de la santé mentale maternelle - Premier mercredi de mai - Monde entier
Semaine de sensibilisation à la santé mentale - Généralement la deuxième semaine complète de mai - Royaume-Uni
Journée d'action pour la santé mentale - Jeudi de la Semaine de sensibilisation à la santé mentale au Royaume-Uni en mai - Monde entier
Journée internationale de la jeunesse - 12 août - Monde entier
Journée mondiale de prévention du suicide - 10 septembre - Monde entier
Journée mondiale de la santé mentale - 10 octobre - Monde entier
Journée internationale des droits de l'homme - 10 décembre - Monde entier